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Par Evariste Fopoussi Fotso, Sécrétaire National à la Communication du SDF et Député

Le 26 mai 2000, le SDF a dix ans. En effet le Social Democratic Front a été porté sur les fonts baptismaux le 26 mai 1990 à Bamenda au prix de 6 morts " piétinés " par les forces de l'ordre du régime RDPC qui en tout bon parti unique ne tenait pas malgré tous les vents contraires qui soufflaient de toutes parts (glasnost, chute du monde, Berlin, conférence de la Baule) à voir son hégémonie socle de sa puissance contestée.

Tirant aussitôt profit de cette auréole de martyr, le SDF, comme une traînée de poudre s'est étendu sur tout le pays. Au point que deux ans après sa naissance, il a remporté les premières élections présidentielles camerounaises à candidatures multiples et n'a été privé du pouvoir suprême que par la fraude. Les mêmes fraudes l'empêchent de conquérir la majorité des mairies en 1996 et l'Assemblée Nationale en 1997.

Certains ont attribué ces succès précoces du SDF au populisme de son leader, le Chairman Ni John Fru Ndi. D'autres à la discipline du vote tribal et linguistique de la majorité de ses militants appartenant pour la plupart à une même ère communautaire et linguistique (anglo-bami). D'autres enfin à la configuration sociologique de ses militants qui se recrutent pour la plupart dans les couches les plus défavorisées de la population.

Les deux premières explications accusent plusieurs faiblesses parmi lesquelles les deux suivantes :

    Un peuple qui croupis dans la misère ne peut pas suivre un populiste qui est par essence un démagogue et à la limite un menteur pendant près de dix ans. Les réalités quotidiennes finissent toujours par ramener les une et les autres à la raison.
      Réduire la popularité du SDF à la discipline de vote anglo-bami, c'est d'une part prendre ces derniers pour un corps homogène et d'autre part reconnaître qu'ils représentent la majorité de la population camerounaise. Or tous les recensements officiels faits à ce jour démontrent le contraire.

    Il reste le dernier argument, c'est-à-dire la base sociologique de la clientèle politique du SDF, c'est-à-dire les laissés-pour-compte. Il est vrai que pendant ces dix dernières années, la chose la plus partagée par une majorité du camerounais a été la misère. Un rapport de la Banque mondiale de 1995 affirme que les camerounais sont devenus plus pauvres qu'ils ne l'étaient en 1964. Tandis qu'un autre de 1998 précise que 60% de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté. il n'y a donc aucun doute que la tribu la plus peuplée au Cameroun à l'heure actuelle est celle des pauvres. Par conséquent, celui qui appartient à cette tribu et qui sait s'adresser à elle dans une langue qu'elle comprend pour proposer des solutions à ses problèmes est sûr d'être suivi par une majorité de cette tribu. Le SDF semble à l'heure actuelle incarner le mieux cet idéal.

    Le SDF se réclame de la social-démocratie à une époque où les idéologies ne semblent pas beaucoup faire fortune, où les principales préoccupations sont exclusivement celles du ventre. Quelles sont donc les principales articulations du projet de société que propose le SDF et qui réussit l'exploit en ces temps de disette d'intéresser une majorité du camerounais qui pourtant hantés en permanence par des préoccupations de survie ?

    I- Sur le plan politique

    Les préoccupations du SDF se résument en deux mots : liberté et démocratie. Liberté parce que nous savons que l'indépendance de 1960 n'était qu'un trompe l'œil. Les colons se sont retirés du devant de la scène en laissant la place à des pouvoirs illégitimes, fantoches, dons plus manipulables et plus fidèles. La seule politique que ces pouvoirs fantoches ont appliqué à ce jour consiste à protéger les intérêts de leurs maîtres qui tapis dans l'ombre les manipulent à souhait. En contre partie ils ont toute la latitude pour se partager les prébendes qui en découlent au besoin en se servant à satiété.

    Les camerounais pour redevenir eux-mêmes doivent donc reconquérir leur liberté et établir avec leurs amis étrangers des relations de partenariat égalitaire et de co-développement fondées sur le respect de personnalité de chacun et la solidarité du groupe.

    Démocratie : Ici les choses sont plus évidentes. Au Cameroun, l'indépendance est arrivée avec la mort de la démocratie qui déjà n'était qu'embryonnaire pendant la colonisation. Le pouvoir colonial pour mieux asseoir son autorité a instauré le parti unique qui a annihilé toute vie compétitive, tout débat contradictoire et toutes les libertés individuelles. Ainsi tous les pouvoirs politiques qui nous ont gouvernés de l'indépendance à ce jour sont d'authentiques dictatures.

    Le SDF propose donc un vrai multipartisme par opposition au multipartisme administratif qui entretient l'illusion actuelle. Un Etat de droit avec une vraie séparation des pouvoirs et surtout une justice indépendante une vraie décentralisation politique afin de permettre à toutes les spécificités culturelles et linguistiques du Cameroun de s'exprimer et de se sentir protégées. A ce titre le SDF propose un système fédéral à l'image du Canada, de l'Allemagne, du Nigéria etc...

    II- Sur le plan économique

    Le SDF est pour une économie de marché, car seule la libre entreprise peut promouvoir le progrès. il croit aussi en une économie du progrès car ne survivront à la mondialisation actuelle que ceux qui s'investissent dans la maîtrise des sciences et des progrès techniques.

    Mais pour contrôler un tel bouillonnement afin que les plus forts n'écrasent pas les faibles et surtout que les fruits du progrès et de la croissance économique soient équitablement répartis, le SDF propose une redéfinition du rôle de l'Etat. De l'Etat providence qui fait tout et s'occupe de tout, le SDF propose un Etat régulateur, novateur et facilitateur.

    Un Etat régulateur est un Etat qui met en place des règles pour un bon fonctionnement de la société et qui par ces temps de libéralisme triomphant assure la garantie du respect des règles nécessaires au bon fonctionnement de l'économie du marché.

    Quant au rôle novateur de l'Etat, il consiste à impulser l'innovation (éducation, formation, recherche). A ce titre il cible son effort sur les sources de croissance à venir, promeut et améliore les infrastructures, les communications, les équipements, bref tout ce qui concourt à l'innovation et à la croissance. C'est ici qu'il conserve un rôle d'investisseur de premier ordre.

    Enfin, l'Etat facilitateur travaille pour améliorer la qualité de l'environnement des opérateurs économiques de tous les acteurs sociaux en instaurant un dialogue sincère et franc entre eux et lui et en promouvant le même dialogue entre ces différents acteurs sociaux.

    III - Sur le plan social

    Etre socialiste c'est bâtir une société plus juste, contrairement à l'utopie marxiste-léniniste qui voulait instaurer une société égalitaire. Comme le dit si justement M Lionel Jospin, le premier ministre français,

    être socialiste, c'est s'efforcer de réduire les inégalités non les différences qui relèvent de la diversité individuelle des talents, mais des inégalités qui ont une dimension sociologiques (1).

    Le SDF dont le slogan est égalité de chance pour tous se propose de promouvoir une justice sociale qui se caractérise par : la promotion d'une économie prospère capable de créer les richesses et les emplois seuls en mesure de permettre une lutte efficace contre la pauvreté, le chômage et les exclusions.

    La promotion d'un développement équilibré afin de lutter contre le déséquilibre entre les régions. Ici la politique du SDF est tout le contraire de celle pratiquée jusqu'ici sous le sobriquet d'équilibre régional qui en réalité n'a servi qu'à équilibrer la répartition des prébendes entre les clientèles politiques tribales, abandonnant toutes les régions et toutes les masses à leur misère.

    La promotion du dialogue social à tous les niveaux

    La mise en place d'un système de protection sociale afin qu'à toutes les étapes du développement du pays et de la vie d'un individu, il ne puisse pas exister de laissés-pour-compte.

    Voilà ce que c'est qu'être socialiste pour le SDF dans ce pays à l'heure actuelle. Il ne revendique pas l'exclusivité encore moins l'antériorité. Il sait qu'il existe d'autres forces sociales et socialistes qui se sont toujours battues pour le triomphe de leurs valeurs communes et qui depuis dix ans combattent avec lui pour le redressement du Cameroun. Il partage également le point de vue tout à fait justifié que depuis la chute du système communiste, le socialisme ne peut plus être identifié à un système. C'est plutôt une façon de voir, de vivre et d'agir sur le monde. Sont donc socialistes tous ceux qui partagent les valeurs communes que sont la liberté, la citoyenneté, la justice sociale, la démocratie, la maîtrise et la destinée collective, la volonté de progrès et de contrôle du progrès, l'ouverture sur le monde, un monde multipolaire.

    Il est urgent que toutes ces forces puissent à nouveau se tenir par la main pour qu'ensemble ils puissent achever le travail entamé par le SDF en 1990 et qui consiste à mettre en place un Cameroun, une société de progrès conforme aux valeurs propres à tous les socialistes du monde entier.

    The end

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