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LE S.D.F A-T-IL PERDU LE
NORD DEMOCRATIQUE ?

(Le SDF malade de Démocratie ?)

Voilà plus de 40 ans que le peuple se bat pour conquérir la souveraineté et la Démocratie au Cameroun. Ayant tiré dès 1990 les leçons du passé, ce peuple a convenu de placer la moralité en priorité des critères de sélection des femmes et des hommes politiques susceptibles de bénéficier de la confiance populaire et de la solidarité sociale. Cette moralité politique se mesure à la foi et la volonté des partis politiques, à la ferveur et l'honnêteté des leaders, à la générosité et la persistance des militants dans la lutte en cours pour l'instauration de la vraie démocratie au Cameroun.

Grâce à sa rigueur, le peuple a déjà remporté dans la phase actuelle de notre lutte de libération d'importantes victoires parmi lesquelles la restauration du multipartisme en 1990, l'amnistie générale et inconditionnelle en 1991 et le succès de son candidat Ni John FRU NDI à l'élection présidentielle du 11 octobre 1992. Le pouvoir en face a pourtant utilisé la répression sauvage, des manoeuvres de toutes sortes et des méthodes sordides de corruption pour tromper le vaillant peuple camerounais ; mais en vain ! C'est ainsi que le peuple a voulu et programmé l'échec, aujourd'hui reconnu par tous, de la Rencontre Tripartite qui était contraire à ses aspirations légitimes. Au passage, des clarifications importantes entre les partis politiques se sont opérées dans le camp de l'opposition qui s'est décantée.

L'échec patent du Comité Consultatif Constitutionnel convoqué par M. Biya a été le point de départ d'une seconde vague de clarifications qui s'opèrent cette fois au sein des partis politiques et des syndicats. Chaque citoyen peut aujourd'hui, quatre mois après la résolution du SDF du 22 novembre 1994, prendre acte de la décantation en cours et constater l'acharnement du pouvoir ou de la France à susciter des troubles dans les villages et la création de factions au sein des organisations qu'ils ne maîtrisent pas.

Le SDF, en tant que conscience du peuple camerounais, est le point focal de ce phénomène de déstabilisation multiforme orchestrée par ses adversaires. Ne nous le dissimulons pas : Des femmes et des hommes incrustrés dans les organes dirigeants du SDF recrutent des militants pour le compte d'un autre parti (1) politique, semblable à l'Inkatha, constitué autour de certains ex﷓responsables qui ont perdu, par des élections démocratiques, leurs postes au sein de la direction du Parti si ce n'est leur influence. Il s'agit d'actes de terrorisme qui, sans dire son nom, s'appui sur des mensonges pour calomnier le chairman Ni John FRU NDI, mettre en cause des membres fondateurs du SDF et refuter l'adoption du fédéralisme par ce Parti. Par souci d'honnêteté et de transparence, nous avons enquêté en vue de présenter quelques faits pour mieux éclairer le militant du SDF et l'opinion nationale sur l'exercice de la démocratie et l'impératif de la discipline au sein de ce grand parti politique.

Son ex﷓secrétaire général disait récemment qu'il est confiant dans la démarche des détracteurs de son parti parce que "les Camerounais ne lisent pas et ne prendront jamais la peine de lire entièrement les Statuts du SDF". Nous prenons cependant le risque d'inviter les militants du SDF et les Camerounais à lire les Statuts de ce parti, à prendre connaissance de ses résolutions et à parcourir le présent document pour déceler la supercherie de ceux que le Parti appelle lui-même les fractionnistes.

DE LA RESPONSABILITE DES PERES FONDATEURS

L'avénement du changement tant souhaité au Cameroun intègre non seulement la promotion mais aussi l'adhésion aux valeurs morales et éthiques qui seules provoqueront la rupture au sein d'une société camerounaise en déperdition sur le plan éducatif, technologique, économique et sociale. L'un des obstacles à cette rupture voulue par tous est sans nul doute l'accoutumance à l'environnement monolithique qui a régit le Cameroun pendant des décennies. Le système de parti unique a, chacun le sait, fortement influencé l'Africain qui, ici et ailleurs, a développé consciemment ou pas une tendance à l'accaparement des pouvoirs, une propension à la suffisance et un penchant à la folie des grandeurs dès lors qu'il devient chef de quelque chose. L'histoire récente du Cameroun regorge d'exemples d'hommes ayant pris en otage les structures qui leur avaient été confiées pour satisfaire l'intérêt général de la communauté. Quand ils perdent leur position de commandant, non seulement ils abandonnent le navire mais ils mettent tout en oeuvre pour le couler. Cette attitude est fondamentalement contraire aux principes de la Démocratie que prône le SDF. Il nous semble que les pères fondateurs du SDF ont eu dès le départ le souci de ne pas mettre à la tête de leur parti un citoyen qui deviendrait rapidement un dictateur parce qu'il s'est accaparé la structure. Pouvons﷓nous leur reprocher d'y avoir pensé ? Pour notre part, nous disons NON ! Le syndrome Siga qui limite le SDF à Asanga et à Fru Ndi conforte notre point de vue.

Pour ce faire, ces pères fondateurs ont conçu des Statuts pour un fonctionnement démocratique du Parti, c'est﷓à﷓dire des Statuts qui permettent, entre autres, le contrôle de l'exécutif. A la création du SDF en 1990, seules deux personnes, le président national Ni John FRU NDI et le Secrétaire Général, formaient officiellement l'Exécutif du Parti. Aucun autre organe du Parti ne pouvait encore être fonctionnel le 26 Mai 1990. Les dix autres pères fondateurs ont donc cru devoir créer une commission consultative, la cellule des conseillers, pour contribuer à l'expansion du SDF et contrôler l'Exécutif jusqu'à la première convention du Parti qui élirait les membres du Comité Exécutif National. Ils ont pris soin en 1990 de ne pas se désigner "membres fondateurs" dans les Statuts et surtout de ne pas prétendre être les seuls à siéger dans cette cellule qui n'était pas, au vu de l'articulation des Statuts qui la place sous l'article 11 consacré au Comité Exécutif National, un organe en tant que tel. En effet, l'article 11.4 des Statuts de 1990, en vigueur avant la Convention de Bafoussam, stipule que les présidents provinciaux (10) sont aussi membres de la cellule des conseillers. Les pères fondateurs avaient﷓ils bien fait ? Pour notre part, nous disons OUI !

Cependant, les attributions conférées à la cellule des conseillers en 1990 laissent entrevoir la préoccupation de ces premiers législateurs d'instituer par cette commission une sorte de Conseil Constitutionnel au sein du Parti, c'est-à-dire une commission qui veille à ce que toutes les résolutions et décisions de la Convention et du Comité Exécutif National ne soient pas contraires au manifeste et aux Statuts du SDF. Cela est﷓il nécessaire ou pas ? Pour notre part, nous disons OUI, cela est indispensable. Il est même souhaitable que la prochaine convention de Maroua lui confère des pouvoirs proches de ceux d'une Cour Suprême. Le SDF est appelé à gérer le Cameroun de demain et il faut dès aujourd'hui habituer ses militants aux structures gouvernementales !

Il est une constance qui caractérise le mieux le militant du SDF aujourd'hui : sa ferme volonté de ne mettre à la tête de son Parti et de notre pays qu'un citoyen qui accepte et favorise le plein exercice de la Démocratie, un citoyen qui sait que le peuple ou ses représentants légitimes peuvent décider à tout moment de son sort puisque le peuple est souverain. Le militant du SDF est particulièrement vigilant à ce sujet et nous pensons que c'est un acquis important. Face à ce que nous observons actuellement à la tête de l'Etat, les Camerounais n'ont-ils pas la même inquiétude ?

Voilà ce que les pères fondateurs du SDF nous ont légué. Voilà aussi les questions de fond auxquelles chacun de nous doit répondre en son âme et conscience. Il revient désormais aux militants de poursuivre l'oeuvre de développement de leur parti politique, sans trahir le Manifeste du SDF et sans abdiquer devant les difficultés quotidiennes.

FAIRE FACE AUX DIFFICULTES

Le souci de la perfection dans l'exercice de la Démocratie a déjà amené une fois les militants du SDF, confrontés à certaines difficultés de fonctionnement, à adopter des amendements aux Statuts du Parti au cours de la Convention de Bafoussam en 1993. L'un de ces amendements qui a porté sur l'article 11.4 avait pour but de rendre plus opérationnelle la cellule des conseillers en la transformant en organe du Parti. Bien que le terme "membres fondateurs" ait fait son entrée dans les Statuts pour désigner les 10 pères fondateurs qui y siégeaient avant la Convention de Bafoussam, on constate que les attributions de cet organe n'ont pas été changées mais plutôt précisées par les délégués à la Convention. Encore une fois, il est important de noter que l'esprit des Statuts de 1990 a été préservé à savoir, le souci de pouvoir contrôler entre deux Conventions les excès éventuels de l'Exécutif du Parti constitué par le Comité Exécutif National. En cinq ans, nous n'avons pas pu trouver un seul militant du SDF qui affirme, preuve à l'appui, qu'il ait un jour vu ou souffert d'une décision quelconque prise par la cellule des conseillers. C'est pourquoi la plupart des militants se demandent plutôt si celle﷓ci existe et si elle fonctionne. Dès lors, peut﷓on honnêtement accuser les "founding fathers" (10 personnes absentes dans les organes de décision) de phagociter le SDF ? Absolument pas. Ont﷓ils au sein du SDF un droit de veto alors qu'ils n'ont pas le droit de voter dans le Comité Exécutif National ? NON. De 1990 à 1994, pourquoi Siga A. s'est alors bien accommodé de ce droit de veto caché qu'il dénonce aujourd'hui. Et si tout cela était vrai, M. Mukong Albert que l'on cite tant ne véhiculerait pas ses idées au sein du Parti par des tracts. Le SDF peut﷓il empêcher ses militants de dire ce qu'ils pensent au sein du Parti ? Non et non parce que ce serait faire preuve de dictature. Y a﷓t﷓il dans ce pays un autre parti politique comme le SDF dans lequel les membres fondateurs se sont abstenus d'être membre de l'instance dirigeante ? Au terme des Statuts du SDF, le pouvoir de décision appartient au Comité Exécutif National où siègent plus de 30 militants élus par la Convention du Parti et qui ont seuls le droit de vote. Vous pouvez être assuré que ce Comité Exécutif National n'est pas prêt à laisser ses pouvoirs à la cellule des conseillers.

Quoiqu'il en soit, on ne peut se targuer d'être de bonne foi quand on accuse les 12 pères fondateurs du SDF (aujourd'hui 10 personnes puisque 2 sont morts ! Paix à leurs âmes) d'avoir fait un hold﷓up sur la Convention de Bafoussam qui a réuni au bas mot 2000 délégués. Par contre, nul ne peut nier le fait que la mauvaise organisation de cette Convention au niveau provincial a fortement perturbé le déroulement des travaux. Cette organisation défaillante est restée gravée dans les mémoires des militants de l'Ouest et des autres provinces qui y ont pris part. De très nombreux articles des journaux de l'époque en témoignent. Les militants de l'Ouest ont d'ailleurs longtemps secoué M. Mobi par le biais de conseil de discipline avant de l'acquiter, grâce au temps, purement et simplement. S'attribuer les succès collectifs quand on est président provincial c'est bien. Mais assumer les échecs personnels c'est mieux. Si chacun attribuait ses échecs personnels à d'autres, nous n'avancerions pas. Voilà la leçon que nous invitons les ex﷓responsables du SDF à méditer ! Hier, nous les avons tous soutenus quand ils étaient en haut de l'échelle. Aujourd'hui, ils doivent aussi soutenir ceux qui les ont démocratiquement remplaçé ! S'ils refusent de le faire, cela voudrait dire qu'ils sont nés pour commander les autres. Quelle insulte ! Ils vont même jusqu'à remettre en cause les décisions prises sous leur influence par le Parti quand ils étaient aux affaires. C'est le lieu ici de féliciter M. Ndoki Muketé qui, après avoir perdu les élections provinciales dans le Sud-Ouest, continue à travailler dans sa cellule de base à Kumba.

Les Camerounais retiendront et les militants savent que le débat est permanent au sein du SDF. Aucun sujet n'est tabou. Le pouvoir est au peuple. Tant qu'il en sera ainsi, ce peuple averti aura toujours la sagesse de savoir que ce qu'une Convention a fait, une autre Convention peut le défaire pour préserver les intérêts supérieurs du SDF. Nous sommes donc convaincus que les amendements de la Convention de Bafoussam n'ont pas été les dernières. Nous le sommes d'autant plus que de nouvelles difficultés surgissent sur le long chemin qui nous conduira à la libération du Cameroun.

NE JAMAIS TRAHIR LE MANIFESTE DE SON PARTI

Quand il est admis, comme c'est souvent le cas au SDF et dans d'autres partis politiques au Cameroun, le principe d'une (large) décentralisation dans laquelle les régions jouissent d'une autonomie politique, administrative et financière impliquant un système de gouvernement régional représentatif c'est﷓à﷓dire entre autres un Exécutif élu (gouverneur par exemple) au suffrage universel direct, force est de constater qu'il s'agit ici du fédéralisme. Il n'y a pas d'autre alternative, à moins de vouloir tricher avec les mots et le peuple. Le fédéralisme est donc bel et bien inscrit en filigrane dans le Manifeste du SDF et la convention de Bafoussam, en l'adoptant comme forme de l'Etat à soumettre à la sanction du peuple camerounais, n'a pas posé un acte contraire au Manifeste du Parti. Les Statuts du SDF en témoignent. Le Parti fonctionne avec trois niveaux de gouvernement autonome : Le Comité Exécutif de la Circonscription Electorale, le Comité Exécutif Provincial et le Comité Exécutif National. Chacun de ces gouvernements a son organe législatif, la Conférence ou la Convention, et son organe judiciaire qui est le Conseil de discipline. Tous les membres de ces deux organes sont élus exprès au suffrage universel direct. En vertu de l'article 9.3 des Statuts, certains militants réclament la création immédiate d'une province de la capitale compatible avec le système fédéral adopté par le SDF. Par ailleurs, chacun se rappelle que lors de la fête du 20 Mai 1994, le Parti a laissé, après examen des enjeux locaux, à chaque province le soin de décider de participer ou non au défilé. C'est là une des manifestations du fédéralisme prôné au sein du SDF.

La structure d'Etat fédéral permet aux particularismes régionaux de s'épanouir et crée une sphère pour une concurrence économique, intellectuelle, culturelle et politique différenciée. En outre, la répartition des prérogatives de l'Etat dans les domaines de la législation, de l'administration et du droit entre la Fédération et les 4 Etats fédérés adopté courageusement par le SDF aura pour effet de :

  • Réparer les erreurs de l'Histoire ;
  • Inhiber le tribalisme ;
  • Raffermir l'unité nationale du Cameroun ;
  • promouvoir le développement économique général.

Contrairement aux allégations des détracteurs du SDF, le fédéralisme ne mène pas à la sécession. Bien au contraire, le système fédéral favorise l'intégration. Le caractère fédéral de l'Etat d'Allemagne lui a permis d'intégrer très facilement à la République l'ancienne Allemagne de l'Est. Les différents pays de l'Union Européenne s'intégreront politiquement sur la base du fédéralisme. Le SDF a mille fois raison de penser profondément que l'intégration au Cameroun et l'unité politique de l'Afrique se feront sur la base du fédéralisme.

Si d'aventure certains hauts responsables du SDF, francophones ou pas, ne pouvaient pas s'accommoder du fédéralisme, il est important qu'ils sachent que leur conviction est contraire au Manifeste du SDF. Dès lors, il serait plus honnête de leur part de démissionner du SDF pour aller créer un autre parti qui s'opposera fondamentalement à la forme fédérale de gouvernement au Cameroun. Si d'aventure certains responsables du Parti, anglophones ou pas, avaient adhéré au SDF parce que celui﷓ci avait été créé pour défendre seulement les intérêts des anglophones, il est important qu'ils sachent que le caractère national du SDF est inscrit dans le Manifeste du Parti et que le premier président national voulu par les membres fondateurs était un francophone qui malheureusement a refusé d'être membre du Parti. Dès lors, il serait plus honnête de leur part de démissionner du SDF pour aller créer un parti régionaliste. Ceux des militants qui s'inscrivent dans l'un et l'autre cas feraient honneur aux Camerounais en ne donnant pas à leur nouveau parti le nom de SDF originel ou SDF authentique parce que le SDF est le Parti national qui prône le fédéralisme au Cameroun. Notre mémoire historique nous apprend que quand les dirigeants légitimes de l'UPC se sont réfugiés au Cameroun anglophone et qu'ils ont estimé nécessaire de créer dans ce territoire un parti politique avec Ndeh Tumazah, ils ne l'ont pas appelé UPC authentique ou originel, mais ils lui ont donné un autre nom : One Kamerun. C'est cela le code d'honneur et les mises au point édictés par le juge NYO' WAKAI aux membres du Comité Exécutif National en date du 5 février 1995 à Bamenda. Ces propos que nous avons vérifiés ont été complètement déformés par les détracteurs qui, cachés dans les organes du Parti, font du terrorisme au sein du SDF. Les militants du SDF doivent à la fois assumer librement leur choix politique et affronter courageusement la vérité.

DE LA TOURNEE DU CHAIRMAN FRU NDI A L'OUEST

Dans son discours d'ouverture à la convention de Bafoussam le 29 Juillet 1993, le chairman Ni John FRU NDI a tenu à rappeler que "la convention est venue à Bafoussam parce que l'Ouest a opté pour le SDF. Vous devez chercher longtemps à l'Ouest pour trouver quelqu'un qui ne soit pas du SDF". Lors de sa dernière tournée dans la province de l'Ouest en juin 1994, le chairman Ni John FRU NDI ayant noté une fois de plus l'adhésion massive des populations des différents villages au SDF, a exhorté l'élite intérieure et extérieure à prendre conscience de ce fait pour rejoindre en masse le SDF en vue d'éduquer, former et conduire le peuple de l'Ouest. Le SDF continue à dire qu'il a beaucoup de militants à l'Ouest mais qu'il y manque des leaders dans certains villages. La politique du SDF est de susciter partout l'émergence de plusieurs leaders politiques locaux de grande valeur et c'est tout à son honneur. Dans le Littoral par exemple, le chairman Fru Ndi a dit aussi que le SDF y a beaucoup de militants mais que les autochtones n'ont pas suffisamment adhéré au Parti. Le SDF appartient à tous les Camerounais. C'est pourquoi les Camerounais courageux qui y sont déjà déploient des efforts considérables pour susciter de nouvelles adhésions. Le SDF ne ferme pas la porte aux nouveaux adhérents. Il est fort regrettable que certains militants en partance pour l'Inkatha utilisent aujourd'hui ce constat indiscutable à l'époque sur le terrain pour prétendre à tort que le SDF et le chairman Fru Ndi n'aiment pas les Bamileké. Pour une question politique aussi importante que la forme de l'Etat, que dire d'un haut responsable du SDF qui a pu affirmer que le Parti a opté pour le "fédéralisme à deux Etats qui fait qu'aujourd'hui vous êtes exclu du Parti si vous vous y opposez et ce en vertu du fameux article 8.2". Cette affirmation (2) de M. Mobi faite au mois de Mars 1995 inquiète car soit il est de mauvaise foi, soit il ne représentait pas dignement sa province dans les instances nationales du Parti quand il était aux affaires.

DE LA ALL ANGLOPHONE CONFERENCE (AAC)

Lors de la mutation de la AAC en Southern Cameroons People's Conference (SCPC), un plan d'action, adopté par cette organisation représentant les intérêts anglophones, était susceptible de conduire à l'indépendance de l'ancien Cameroun Occidental. Cette question est très politique et peut mener à une guerre que le SDF, c'est bien connu, ne souhaite pas au Cameroun. Le SDF et le Chairman Ni John FRU NDI sont foncièrement contre la sécession d'une partie du Cameroun. Dès lors, le Parti et ses militants originaires des provinces anglophones ne pouvaient donc pas rester indifférents face à la tournure que prenait cette organisation. Invités, ils y sont allés nombreux pour essayer d'infléchir la position de la SCPC parce que le SDF est condamné à se préoccuper des problèmes de l'ensemble du Cameroun. Celui de la SCPC a-t-il pesé dans le vote, entre les deux tours de l'élection du Secrétaire Général, des membres du Comité Exécutif National ? Peut-être. Ceci pourrait expliquer sans doute la haine viscérale que le concurrent de T. Asonganyi développe contre la AAC. Toujours est-il qu'aujourd'hui le constat est clair : Chaque Camerounais peut observer l'abandon de l'option zéro par cette organisation. Le SDF se félicite en outre que la délégation mise sur pied par l'Exécutif de la SCPC pour participer à la Conférence Constitutionnelle comprenne plusieurs membres du Parti. Car ceci montre que les militants du SDF sont hautement représentatifs de leurs communautés respectives dans la zone couverte par la SCPC. Nous saisissons cette occasion pour féliciter l'Exécutif de la SCPC pour avoir constaté ce fait et c'est tant mieux pour tout le monde. Le SDF souhaite ardemment pouvoir réaliser la même symbiose dans toutes les provinces du pays. Les Camerounais peuvent prendre acte qu'aucun responsable du SDF, membre de la SCPC ou non, n'a pris part aux travaux du Comité Consultatif Constitutionnel, ce qui témoigne de la justesse des options du SDF. La priorité dans la démarche des uns et des autres est réservée au Parti. Cependant le SDF a tout intérêt à tirer les leçons du débat en cours afin de transformer ce constat en directive de la convention nationale de telle sorte qu'à l'avenir le Président National d'une part, ne soit membre d'aucun groupe de pression nationale ou régionale et, d'autre part, renforce par conséquent son statut de chef juste et indépendant.

DE LA REGIONALISATION DU SDF

Au delà des critères habituels d'implantation et de composition ethnique de ses organes dirigeants, c'est bien la vision d'un parti politique, ses revendications et surtout les pouvoirs conférés par ses Statuts aux structures régionales qui déterminent finalement dans l'opinion le caractère, régional ou non, dudit parti politique. Tout compte fait, le RDPC est perçu comme un parti régional et dictatorial puisque son fonctionnement réel et statutaire donne tous les pouvoirs de décision à son président qui dicte son point de vue et ses nominations discrétionnaires au parti. Les militants n'y votent pas. Le SDF n'est pas comme cela !

Non seulement le SDF s'est toujours mobilisé pour catalyser dans tous les domaines les changements nécessaires et indispensables partout au Cameroun, mais le processus de prise de décision intègre à égalité toutes les circonscriptions électorales (conformes aux arrondissements et districts créés par le gouvernement) qui élisent à la convention nationale le Comité Exécutif National, centre de décision chargé de la gestion et de l'animation du SDF. Les membres de ce comité exécutif sont élus au scrutin uninominal par la convention nationale. Au SDF, chaque comité exécutif a des pouvoirs et des prérogatives qu'il assume de façon autonome dans son ressort territorial, par exemple la désignation de ses candidats aux élections municipales ou législatives. Le système de gouvernement participatif dans un système fédéral concoure à renforcer le caractère national du SDF. Nous avons pris conscience du fait qu'il est encore très tôt de demander aux Camerounais de dissocier le SDF en tant que organisation politique et leur leader charismatique Ni John FRU NDI. C'est clair que le SDF ne s'est pas régionalisé mais qu'en est-il de l'actuel Président National du SDF ?

Tout comme M. Biya et son RDPC ont assimilé le fédéralisme à la sécession, les détracteurs du SDF réduisent la convinction politique du Chairman Ni John FRU NDI à son anglophonie si ce n'est à son lieu de naissance. C'est à la fois la chasse aux sorcières et la malhonnêteté intellectuelle ! Ceci est d'autant plus injuste qu'il n'y a pas une incompatibilité à être à la fois Bamileké et membre du SDF ou Sawa et membre du SDF. Nul ne peut se mettre en marge d'une organisation regroupant tous les fils et filles de son village, et surtout pas lui refuser ses conseils quand elle en fait appel, sous le prétexte qu'il est membre d'un parti politique. Personne ne peut aliéner son identité culturelle parce qu'il est membre d'un parti politique. Oui, le chairman John FRU NDI est membre de la SCPC mais n'est-il pas aussi membre de Laakam ? La préoccupation majeure du SDF est de veiller à ce que tous ses membres se conforment aux décisions régulières prises par les instances du Parti habilitées à le faire. L'appartenance de certains militants du SDF à des groupes de pression divers n'a pas empêché son Comité Exécutif National dès le mois d'Août 1994 à préciser son option, en prévision de la convocation d'une Conférence Constitutionnelle en Novembre 1994, pour un fédéralisme à quatre Etats fédérés, contraire à la position prise par la AAC qui voudrait deux Etats fédérés au Cameroun. Est-il nécessaire de revéler qu'à l'occasion, le chairman Fru Ndi avait milité pour trois Etats fédérés et qu'il avait perdu au vote? Ces trois Etats fédérés étaient le Centre, le Sud et l'Est pour un Etat, le grand Nord pour un Etat et le reste des provinces constituerait le dernier Etat. L'argumentation selon laquelle le chairman Fru Ndi est un régionaliste est ici battue en brèche par sa vision du fédéralisme.

LA GUERILLA KAMDOUM - SIGA ASANGA

Le procès Siga Asanga devant un Conseil de Discipline du Parti les 24 Avril et 7 Mai 1994 a marqué le point de départ d'une construction mathémathique non maîrisée tel un logiciel mal élaboré qui, logé dans un ordinateur solide tel le SDF, a malheureusement conduit son auteur, un apprenti sorcier, à créer un autre parti politique : l'Inkatha camerounais. M. Kamdoum a combattu fermement Siga (3) parce que, dit-il, celui-ci "tente d'installer un bicéphalisme à la tête du Parti". En septembre 1994, il revèle également dans Challenge Hebdo N° 168 qu'il a personnellement voté contre Asanga parce que celui-ci était arrivé à penser que le pouvoir au sommet du Parti était partagé entre le Président et le Secrétaire Général. En fait, il a fait une campagne soutenue pour obtenir par le vote le départ de Siga Asanga du Secrétariat Général du SDF.

Candidat malheureux à la succession de Siga, M. Kamdoum soupçonne alors les anglophones de n'avoir pas voté pour lui. Il déclenche les hostilités qu'il pousse jusqu'à la démence : campagne anti-SDF dans les réunions familiales bamileké, bloquage de la tournée du Président National dans les provinces du Centre et Sud, campagne tapageuse de dénigrement du Chairman Ni John FRU NDI et du Secrétaire Général T. Asonganyi, exacerbation de l'anglophobie. Provocation, mensonges, calomnies, contradictions immondes, tout y passe. Il prend les Bamileké comme bouclier et entraîne avec lui tous ceux qui ont vainement tenté de créer un parti politique.

Tel un train à grande vitesse, le logiciel dérouté se déroule vers la convention de Maroua. Entre la base et le bolide, c'est le trou noir : aucune longueur d'onde, zéro communication. Le conducteur Kamdoum manoeuvre à la circonscription SDF de Yaoundé Ier pour recupérer Siga et s'assurer que « le Dr Siga Asanga compte bien se présenter à la convention de Maroua contre l'actuel Secrétaire Général Asonganyi, lequel il est sûr de battre. Alors ma présence comme troisième larron le gène énormément. Asanga voudrait récupérer son poste à Maroua pour enfin découdre avec le chairman Fru Ndi ». Coupé malheureusement de sa base, M. Kamdoum va être balayé légalement de la province du Centre, avant ladite convention, par ses militants sous la houlette de Tchakountio D., secrétaire provincial proche de Asanga.

Dans le même temps, le pouvoir en place intensifie son offensive de déstabilisation du SDF. Les premières contestations sur le fédéralisme adopté par le SDF débute en France et se font de plus en plus bruillantes au fur et à mesure que la convocation du comité consultatif constitutionnel se précise à Yaoundé. Asanga, Djokou et Tabetsing font office de pionniers en la matière. L'Union pour le Changement se saborde. Le Front des Alliés pour le Changement (FAC) voit le jour avec pour objectif premier l'éviction du Chairman Ni John FRU NDI de la tête de l'opposition camerounaise. Compétent mais sans doute manipulé ou illuminé, M. Kamdoum met en chantier l'élaboration d'un nouvel avant projet de Constitution qui prône un Etat unitaire pour le Cameroun, recrute des prosélytes au sein du SDF à la faveur des réorganisations décidées en novembre par le Comité Exécutif National pour sauver le Parti, capitalise quelques frustrés au sein du SDF et prend naturellement la tête du mouvement fractionniste du SDF. Le résultat est aujourd'hui édifiant : une arme chimique composite dont les éléments se détruisent mutuellement et que les militants du SDF appellent ironiquement l'Inkatha camerounais.

Les mots ne seront jamais assez justes pour décrire le comportement anti-démocratique de ces deux intellectuels quand ils étaient en poste au SDF. Curieusement, ils se transforment subitement en professeurs de démocratie quand ils ne sont plus en poste dans le Parti. Il est choquant de relever dans les écrits et interviews de M. Siga Asanga tout le plaisir qu'il prend à réduire le SDF à Fru Ndi et à lui-même : « The more Fru Ndi goes away from me, the more he gets himself into this hazy confusion and maintains an ambivalent attitude towards (SDF) policy » (4). Quel est ce refus obstiné de M. Asanga de voir et noter qu'il y a de millions d'autres Camerounais au SDF et d'en tenir compte ! Quand il n'est pas là, dites-lui que Fru Ndi n'est pas seul à prendre les décisions au SDF. Le SDF appartient à tous les Camerounais. Aussi douloureux que cela puisse être, les observateurs avertis pensent que la propreté se fera encore plus nette au sein du SDF en 1995 pour le plus grand bien de l'avénement de la Démocratie au Cameroun. Nous avons le mérite d'avoir essayé de limiter les dégats par un message que nous avons délivré le 5 novembre 1994 à la Conférence provinciale de l'Ouest à Bandjoun.

DE L'ELECTION DU SECRETAIRE GENERAL

Nous nous reférons à la circulaire N° 352/SDF/P.O. de M. Mobi Emmanuel, alors président provincial, à tous les responsables et militants SDF de la province de l'Ouest en date du 12 septembre 1994. Elle explique, sous le chapitre I consacré au sabordement du SDF par implosion, le déroulement de l'élection, à bulletin secret, du Secrétaire Général T. Asonganyi : « Dernière tentative en date du RDPC : essayer d'opposer les intérêts des Bamileké aux intérêts du SDF. Pour ce faire, le RDPC pratique une intrusion fracassante dans les affaires internes du SDF en prétextant que l'actuel secrétaire Général du SDF, le Prof. Tazoacha Asonganyi, a été nommé par notre Président National, Ni John FRU NDI. Je tiens à rappeler ici de façon absolument certaine la manière dont les élections se sont déroulées en Juin dernier pour remplacer le Dr Siga, destitué de ses fonctions au cours d'un Conseil de discipline antérieur. Lors desdites élections, il y avait dans la salle 31 personnes habilitées à voter pour l'un des deux candidats, à savoir Dr Kamdoum et Prof. Asonganyi. Chacun des deux candidats a obtenu 15 voix et il y a eu une abstention. Force était donc de reprendre ces élections, et au moment de la reprise, un autre électeur habilité a fait son entrée dans la salle portant ainsi le nombre d'électeurs à 32. Les élections ont donc été reprises, et le Dr Kamdoum a à nouveau obtenu 15 voix pendant que le Prof. Asonganyi en obtenait 17 : il n'y a plus eu d'abstention. Delà à conclure que le Chairman a été appelé à désigner un nouveau Secrétaire Général, vous comprenez qu'il y a un énorme fossé que seul le RDPC peut franchir pour des raisons de déstabilisation évidentes ». Il aurait pu ajouter que le jour des élections il y avait dans la salle plus de francophones que d'anglophones dans ce comité exécutif national dont plus de 50% de membres sont des Bamileké. M. Kamdoum n'a donc pas les qualités de rassembleur des francophones, encore moins des Bamileké. Cependant, si par hasard M. Kamdoum n'est pas le président national de son nouveau parti, du moins il le mérite plus que quiconque.

POUR LA RECONCILIATION A MAROUA

Mai 1994 - Mai 1995. Un an durant, le SDF est entré en Conférence Nationale Souveraine interne qui connaîtra son apothéose à la convention de Maroua. Nous avons posé le diagnostic sobre mais sans complaisance des maux qui ont miné le Parti et dont tous les membres et sympathisants sont, à un titre ou à un autre, comptables. Le militant du SDF doit en être fier car tout ceci est le prix à payer pour que le SDF demeure un Parti national et démocratique. Les pères fondateurs du SDF l'ont ainsi voulu. Le but recherché par ce document consiste moins à pénaliser des individus qu'à les amener à comprendre et à reconnaître publiquement leurs égarements devant les militants et les Camerounais qui, fondés à réclamer réparation à la convention de Maroua, pourront peut-être accorder le pardon susceptible d'ouvrir à l'oubli qui, tel l'oracle, ordonne : « PLUS JAMAIS CA ! ». Parce que nous sommes des sociaux-démocrates certes, mais surtout des démocrates !

Fait le 17 Mars 1995

Dr. Christophe TAKOUDJOU

Références:

  1. Cf. document "Pourquoi créer un autre parti politique" ainsi que les interviews des dissidents.
  2. Cf. Journal Le Couchant N° 006 de Mars 1995
  3. Cf. Communiqués du 10, 12 et 16 Mai 1994 respectivement de D. Kom, Kamdoum et Siga Asanga
  4. Cf. Journal "The Herald" N° 185 du 9 Mars 1995

The end

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