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DEUXIEME PARTIE

La Gestion Economique Du Cameroun Sous La Deuxième République (1982 -1997)

Le président Ahidjo a démissionné en novembre 1982 et a désigné Monsieur Paul Biya comme successeur. Malheureusement, et alors qu’il avait hérité de son prédécesseur une économie très saine, Monsieur Paul BIYA a régné sur le pillage, la récession et finalement la désintégration de l’économie camerounaise. La conjugaison de certains facteurs tels que les mauvaises politiques, l’institutionnalisation et la généralisation de la corruption, le tribalisme et le népotisme ont conduit le pays à la ruine et à une désintégration politique et sociale totale.

Pendant la période allant de 1983 à 1994, le PNB a atteint le niveau record de 11,43 milliards de dollars EU avant de chuter à 6,8 milliards en 1994. Cependant, la dette extérieure totale a augmenté de 250% durant la même période5 . Le résultat a été la baisse du ratio de souveraineté du Cameroun de 3 à 1 en 1994. Ceci implique que le Cameroun enregistre aulourd’hui, face à ses partenaires étrangers, la position de négociation la plus faible de toute son histoire. Entre 1982 et 1984, les effets de cette crise n’ont pas été ressentis à cause d’une brève période de boom pétrolier et d’un comportement favorable des produits de base sur le marché mondial. En effet, c’est l’effondrement des cours des ces produits en 1986 qui a finalement précipité le pays dans une profonde crise financière et mis à jour sa situation de banqueroute.

Les pouvoirs publics ont enfin été forcés de se pencher sérieusement sur le problème de la récession économique après l’avoir ignorée et négligée. Par exemple, en juin 1987, alors que le pays était déjà au creux de la vague, Monsieur Paul BIYA déclarait dans un discours devant l’Assemblée nationale, que le Cameroun allait résoudre ses problèmes économiques par ses propres moyens sans recourir à la Banque mondiale et au FMI. C’était la période la mieux indiquée pour prendre des mesures courageuses destinées à sauver le pays parce que le tissu économique et social était encore intact. Cependant, c’est finalement lorsque le déficit budgétaire a atteint le montant de 502 milliards de FCFA que le gouvernement du CPDM a secrètement initié des négociations avec le FMI et la Banque mondiale.

A l’issue de ces négociations, le gouvernement a signé une série d’accords avec la Banque mondiale et le FMI qui prévoyaient la mise en oeuvre de certains programmes de réformes à partir de 1988. Malheureusement, la plupart de ces mesures n’ont jamais été mises en oeuvre. Une étude réalisée en 1994 par la Banque mondiale a montré que, sur quelque 25 pays africains qui avaient mis en place des programmes d’ajustement structurel, le Cameroun était l’un des plus mal classés en termes d’exécution. Les résultats des second et troisième accords n’ont guère été meilleurs. Les deux ont été suspendus pour non respect des conditionalités par le Cameroun.

Cette mauvaise gestion économique, une opposition systématique à toutes réformes économiques audacieuses ainsi qu’à l’instauration de réformes démocratiques au Cameroun, ont provoqué un fléchissement du PIB de l’ordre de 6,3% par an entre 1986 et 1994. Malgré plusieurs tentatives visant à stabiliser l’économie dont la dévaluation du franc CFA en janvier 1994, la crise des finances publiques, perdure, accompagnée d’un accroissement du déficit budgétaire. Le gouvernement est toujours incapable de faire face aux salaires de la fonction publique malgré des réductions salariales de près de 75% en 1992 et 1993. Il ne peut pas assurer le service de la dette extérieure ni une couverture minimale des services sociaux tels que la santé, l’éducation, la nutrition, la fourniture d’eau et l’entretien des routes pour aider le milieu rural.

Dans la même période, la balance des paiements a continué d’être déficitaire malgré une légère amélioration de la balance commerciale rendue possible par la dévaluation. L’économie a été paralysée par la dette publique. En 1995, la dette intérieure se chiffrait à 2 180 milliards de FCFA et la dette extérieure à 3 450 milliards de FCFA. Les secteurs bancaire et de l’assurance se sont également effondrés malgré plusieurs années d’exercices d’assainissement ayant abouti à la liquidation de plusieurs banques.

Malgré une légère amélioration de la situation des exportations de produits de base agricoles grâce à la dévaluation et aux réformes fiscales et douanières entreprises par l’UDEAC, l’investissement n’a pas décollé. La principale raison tient au fait que la dette publique a paralysé le secteur privé. Les résultats du secteur bancaire ont été décevants pendant très longtemps. Pour couronner le tout, la crise sociale et politique provoquée par la question de légitimité de Monsieur Paul BIYA à la suite des fraudes électorales massives et du coup d’état électoral de la Cour Suprême en 1992, de même que la récente confiscation des conseils municipaux remportés par le SDF aux élections municipales de janvier 1996 et l’imposition de fonctionnaires gouvernementaux pour coiffer les conseils municipaux remportés par l’opposition sont frais dans l’esprit du public qui a perdu toute confiance au régime BIYA.

De toute évidence, la situation sociale a atteint maintenant un seuil intolérable. La pauvreté et la misère frappent toutes les couches de la société. Le chômage et le sous-emploi, sévissent principalement au sein des jeunes diplômés de formation universitaire ou école professionnelle. La plupart des sociétés parapubliques ont été fermées pendant que celles qui restent ouvertes souffrent de problèmes chroniques de gestion et de dette. Les fonctionnaires vivotent sur des salaires de misère. Ils sont par conséquent démobilisés et se livrent à l’absentéisme et à la corruption. La fonction publique est devenues aujourd’hui le pire ennemi du développement sous la conjugaison de circonstances négatives nées d’une conduite désastreuse des affaires par le Mouvement démocratique populaire du Cameroun sous Monsieur Paul BIYA.

Dans le domaine de l’éducation, un nouveau phénomène est apparu, appelé déscolarisation qui fait que chaque année, 500 000 enfants ne sont pas envoyés à l’école parce que leurs parents ne peuvent pas payer leurs frais de scolarité. Un rapport de la Banque mondiale en 1995 sur la situation de la pauvreté dans le monde a indiqué que les camerounais étaient maintenant plus pauvres qu’en 1964. Tout ceci par la faute d’un seul homme, Monsieur Paul BIYA et son règne de 14 ans sur la destinée du Cameroun.

Principales causes de la faillite économique.

Le Cameroun était dans l’ensemble considéré comme un pays doté de tout ce qu’il faut pour réussir comme une nation. Malgré ses abondantes ressources naturelles, un fort taux d’alphabétisation et un important capital de personnes formées ainsi qu’un bon départ parmi le peloton de tête sous la conduite stable de la Première République, et une économie saine de cette période, l’économie camerounaise s’est pourtant effondrée laissant les populations plus pauvres qu’elles ne l’étaient en 1960 et très peu préparées pour affronter le 21 ème siècle. Cet échec historique est imputable à plusieurs causes dont les principales sont :

  1. Institutionnalisation de la corruption

    Le régime de BIYA porte une lourde responsabilité dans la banqueroute économique actuelle. Tout d’abord, il a institutionnalisé les détournement des deniers publics et transformé ce vice en vertu. En effet, il est devenu manifeste que seuls ceux qui ont battu les records existants en matière de malversations au niveau des fonds publics peuvent occuper les plus hauts postes de l’administration.

    Pour pouvoir se livrer à cette orgie de corruption dans l’impunité totale, il a introduit un système très centralisé de gestion de l’état qui a engendré un antagonisme permanent entre l’état et les opérateurs économiques classés comme fraudeurs.

    L’interventionnisme excessif a également contribué à détruire le système bancaire parce que le régime a désigné des fonctionnaires incompétents et corrompus pour diriger les principales institutions bancaires. La principale préoccupation de ces dirigeants de banques était d’octroyer des prêts et avances aux barons du régime, sans leur demander des garanties.

    Dans le secteur agricole, il s’est servi de l’office de commercialisation pour collecter les produits auprès des paysans, et les vendre à l’étranger et utiliser les recettes pour financer son administration pléthorique. Il n’a jamais pu mettre en place un système ou plan social capable de redynamiser ou protéger les masses rurales.

    Sur le plan diplomatique, le régime de BIYA a sali l’image du Cameroun au point où le pays a même perdu sa position de chef de fil en Afrique centrale que son potentiel économique et ses ressources humaines lui conféraient naturellement dans de la région.

    Enfin, dans le cadre des programmes d’ajustement structurel qui ont été négociés avec la Banque mondiale et le FMI, BIYA s’est embarqué dans un programme de privatisation totalement opaque, dont le principal objectif semble être de faciliter l’expropriation du patrimoine de l’état par ceux qui dans le pays, supportent le régime ou par des étrangers dont il dépend pour se maintenir au pouvoir.

    Aucun pays dans le monde ayant un tel gouvernement en place, ne peut obtenir des résultats différents de ceux du Cameroun. Les programmes d’ajustement structurel les mieux conçus ne peuvent changer cela. La banqueroute du gouvernement ne peut conduire qu’à la destruction de la société toute entière. Par conséquent, dans un pays où l’état de droit n’existe plus, l’ajustement et la restructuration politiques doivent précéder l’ajustement économique.

  2. L’inadaptation du cadre juridique et constitutionnel

    Les effets pervers d’une centralisation excessive : Le Cameroun, à l’instar de toutes les autres anciennes colonies africaines a hérité de la France, a son accession à l’indépendance, d’une structure étatique fortement centralisée qui a eu un effet paralysant sur l’initiative économique. Non seulement toutes les décisions émanaient du sommet de la hiérarchie administrative, mais l’état s’était-il imposé comme le principal agent économique. Ce faisant, il était présent dans tous les secteurs de l’économie par l’intermédiaire des sociétés d’état et ou des sociétés d’économie mixtes. Par conséquent, la concurrence était étouffée dans ces secteurs et les effets pervers d’une économie dirigée se sont généralisés. Un phénomène associé à la centralisation excessive était le système de parti unique qui a généré la corruption, le favoritisme et le tribalisme.

    Absence de l’indépendance judiciaire : un autre aspect de la perversion de la centralisation excessive est l’absence d’un système judiciaire indépendant. Un système judiciaire qui n’est pas indépendant est forcé de vivre à la botte de l’exécutif. Les investisseurs privés sont à la merci de juges qui reçoivent leurs ordres de l’administration. Ainsi, l’administration devient juge et partie. Parallèlement, il n’existe aucune législation spécifique pour protéger ou encourager les affaires. N’étant pas protégés, les investisseurs privés deviennent frileux. Sous la Deuxième République, le Cameroun est devenu un pays où le droit a cessé d’exister (et n’existe toujours pas) ; où la justice se vend et s’achète comme un produit de base. Le gouvernement viole délibérément les lois qu’il a lui même promulguées parce qu’il pense qu’il n’a de compte à rendre à personne7 . Après avoir adopté une nouvelle constitution, le gouvernement continue de délibérément favoriser l’incertitude constitutionnelle en soutenant que la nouvelle constitution sera « progressivement » mise ne vigueur, ce qui lui donne la liberté d’appliquer des dispositions de l’ancienne et de la nouvelle constitution à sa guise, en fonction de ses besoins.

  3. Environnements monétaires et extérieurs hostiles

    Au cours de la période allant de 1986 à 1994, le franc CFA était surévalué. L’incapacité des autorités monétaires à prendre des mesures effectives pour résoudre le problème de surévaluation a provoqué une dégradation persistante des économies de certains pays de la zone franc. Les économies les plus affectées ont été celles des pays qui partagent de longues frontières avec des pays hors zone franc et qui mettaient déjà en oeuvre des réformes structurelles. Outre le fait d’être des pays voisins qui partagent une frontière commune, les pays suivants ont certaines caractéristiques communes au plan de la structure de leurs économies :

    • Le Cameroun et le Nigeria qui étaient les principaux pays producteurS de pétrole durant la période étudiée ; et
    • le Ghana et la Côte d’Ivoire qui étaient surtout des producteurs de cacao durant la même période.

    La principale différence entre pays réside dans le fait que le Cameroun et la Côte d’Ivoire sont des pays de la zone franc contrairement au Ghana et au Nigeria. En 1986, le Ghana et le Nigeria étaient déjà sous ajustement structurel et avaient dévalué leurs monnaies. Les programmes d’ajustement ont mis le Ghana et le Nigeria sur la voie de la croissance, tandis que le fléchissement des économies du Cameroun et de la Côte d’Ivoire se poursuivait. Les différences au niveau des résultats enregistrés par ces pats en matière de croissance tiennent presqu’entièrment à la décision de laisser la parité du Franc CFA par rapport au FF au même taux qu’il avait depuis 1948, malgré les programmes d’ajustement mis en oevre au Nigeria et au Ghana.qui étés acompagné par des forte dévaluations de leurs monnaies nationales.

    La conséquence a tout d’abord été une fuite de capitaux des pays de la zone franc vers les voisins hors zone franc. Ensuite, les secteurs industriel et agricole des pays de la zone franc ont connu l’effondrement. Au Cameroun, l’importation frauduleuse de produits pétroliers bon marché du Nigeria a provoqué la baisse de la production de la SONARA et un manque à gagner voisin de 35 milliards de FCFA par an au niveau des recettes publiques. Pendant que les produits ghanéens et nigérians se vendaient moins chèrs, les entreprises industrielles mettaient la clé sous le paillasson au Cameroun et en Côte d’Ivoire. La production de cacao et de café a chuté lorsque le gouvernement a fixé le prix aux producteurs à des niveaux qui ont forcé les paysans à se convertir à la culture d’autres produits agricoles.

    La fuite des capitaux a été davantage aggravée suite à la décision des pouvoirs publics français de maintenir, pour des raisons purement paneuropéennes, des taux d’intérêt très élevés pour poursuivre la politique d’un franc fort. Cette politique a attiré des capitaux de la zone franc en Afrique vers l’Europe dans des proportions effarantes. En effet, l’effondrement de l’économie camerounaise est imputable à cette longue période de récession monétaire (1986-1994) et à l’incapacité du gouvernement camerounais, en tant que partenaire des accords monétaires de la zone franc, à prendre des initiatives visant à sauvegarder les intérêts de l’économie camerounaise. C’est fort de cette politique et de ses répercussions désastreuses que le SDF pense que les arrangements institutionnels actuels de la zone franc sont insatisfaisants. Par conséquent, l’un des domaines de réformes qui fera l’objet d’une grande attention d’un gouvernement SDF sera celui des réformes monétaires destinées à aider le Cameroun à retrouver une partie de son contrôle souverain sur les instruments de politique monétaire.

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