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Mort de Diboulé: Pourquoi peut-on penser que le Chairman sera inculpé?

Depuis le jour où M. Fru Ndi a été invité pour être entendu sur l’affaire de l’assassinat de M. Grégoire Diboulé, on a vu se lever les journalistes d’une certaine Presse pour mettre dans la bouche du Procureur de la république tout ce qu’ils auraient bien voulu entendre.

Le journal Le Messager doit être sans doute devenu l’huissier ou le greffe qui conçoivent et transmettent les convocations du Chairman. Mais à vrai dire qu’est-ce qui fait tant penser aux détracteurs du SDF que M. Fru Ndi sera inculpé ? La façon dont on traite ce sujet le montre déjà coupable. Jamais je n’ai vu autant supporter l’illégalité.

On a l’impression que tout le monde trouve normal que MM. Ngwasiri, Ben Muna et autres qui avaient organisé le regroupement illégal pompeusement affublé du nom de « Congrès SDF de Yaoundé » avaient, contrairement à la loi, confié la sécurité de leurs participants à M. Fru Ndi qui n’aurait pas rempli son contrat. La loi n° 90/053 du 19 décembre 1990 portant régime des réunions et des manifestations publiques punit les organisateurs et les participants à des manifestations publiques illégales ou interdites. Le récépissé de déclaration des manifestations porte en gros caractères que ce sont les organisateurs d’une manifestation ou d’une réunion publiques qui en assurent la sécurité. Mais les organisateurs et les participants à la manifestation interdite du 26 mai à Yaoundé vaquent tranquillement à leurs affaires, ne sont ni inquiétés ni entendus alors que c’est la tête de M. Fru Ndi qui était à plus de 400km de là que les journaux réclament, avec une suspecte unanimité !

Qui était Diboulé, pour que des gens pensent que M. Fru Ndi avait un intérêt aussi vital à le voir éliminé ? En quoi constituait-il un danger pour lui ou pour son avenir politique ? Pour mieux suggérer que le Chairman avait intérêt à l’éliminer, ses détracteurs présentent M. le feu Diboulé (paix à son âme !) comme un très grand cadre du SDF dans la province du Centre, ce qui n’est que le comble de l’affabulation. Le « secrétaire administratif » qu’il était est un poste qui ne figure nulle part dans notre organigramme. Il avait été recruté par le président provincial pour assurer la permanence au siège et faire quelques courses. Il n’est jamais devenu « secrétaire administratif » à l’issue d’une élection quelconque au niveau provincial. Il avait été comptable matières au ministère des Finances et avait été emprisonné pendant plusieurs années pour malversations financières. Son casier judiciaire avait été ainsi « sali » et ne lui permettait même plus de postuler à la tête d’une cellule dans le SDF, encore moins de rêver un jour de devenir conseiller municipal. Diboulé n’était un danger pour personne, à quelque niveau que ce soit dans le parti, dans l’optique d’une émulation politique ! Pourquoi le Chairman aurait tenu tant à le faire tuer, plutôt que MM. Ngwasiri, Ben Muna ou autres qui sont de véritables relais de déstabilisation au service des commanditaires que nous avons déjà identifiés ?

On n’a même pas encore fait la lumière sur les circonstances de sa mort. On n’a même pas encore prouvé que sa mort est liée à l’altercation qui a eu lieu au siège du SDF qui se trouvait à 300m de la grande route où son corps avait été retrouvé. Comment peut-on donc inculpé le Chairman sans avoir au préalable entendu les principaux organisateurs et participants à ce regroupement interdit du 26 mai au siège provincial SDF de Yaoundé? Si même par extraordinaire, il se révélait que c’est un militant du SDF, même un très proche de Fru Ndi comme on l’aime à le dire qui l’aurait assassiné, en quoi cela engagerait-il sa responsabilité pénale ? La responsabilité pénale est individuelle. Si la responsabilité pénale du militant d’un parti politique devrait incomber au président de ce parti, on doit aussi se rappeler que la violence politique dans ce pays n’est pas à ses débuts.

Quand le Lamido de Rey Bouba a tué deux députés de l’UNDP, il n’est venu à l’idée de personne d’entendre le président du RDPC, encore moins de l’inculper ! Quand le Fon de Balikumbat a tué un gendarme et plus tard un responsable provincial du SDF, pendant tout son procès, il n’est venu à l’idée de personne d’entendre le président du RDPC. Pourtant, ces deux dignitaires féodaux assassins de la république ne cessaient de se vanter au grand jour qu’ils agissaient pour la gloire du RDPC ! Le premier est mort narquois et impuni et en récompense, son fils est devenu ministre. Le second, condamné à 15 ans de réclusion criminelle, vient d’être mis en liberté provisoire, pour raison de santé, après une parodie de jugement en appel. Maintenant, il nargue ses prochaines cibles et les parents de ses anciennes victimes dans les rues de Bamenda et de Balikumbat. Un Journal de la place avait alors beau jeu de titrer à sa libération : « Attention ! Le lion a quitté la cage : sauve qui peut ! »

Quand en Côte d’Ivoire les patriotes descendent dans la rue et qu’il arrive qu’il y ait mort d’homme dans les émeutes, personne n’essaye d’entendre ni d’inculper le président Gbagbo. Quand il a fallu sanctionner, c’est M. BLE Goudé, le président des Patriotes, qui a été interdit de voyager à l’extérieur. Pourtant ses liens avec GBAGBO ne sont pas occultes !

Quand en France des crimes racistes sont commis, personne ne pense à entendre ni les présidents du Front National, MM. Jean Marie Le Pen et Bruno Maigret, encore moins M. Sarkozy pour leurs envolées xénophobes à répétition. La thèse du commanditaire est très facilement brandie par les gens qui ne rêvent que de voir M. Fru Ndi en prison et même pendu. Mais seulement, en attendant qu’on prouve que ce jour-là, il était à la fois à Bamenda et à Yaoundé, on peut opportunément rappeler que nul n’est obligé d’exécuter un ordre manifestement illégal. Ce serait un alibi trop facile à la portée des criminels de tout poil pour se sortir de toutes les situations embarrassantes. Avec ce que l’on voit en ce qui concerne M. Fru Ndi, on se convainc facilement que l’assassin avait été désigné depuis fort longtemps et qu’on n’attendait plus que la commission d’un meurtre quelque part. Il est vrai que l’impunité ne devrait pas être la référence, mais il y a aussi des précédents auxquels on ne peut pas ne pas se référer. Pour éviter une justice à tête chercheuse au service de sordides règlements de comptes politiques et afin que l’égalité de tous devant la loi ne demeure pas un mythe.

Par le Prof Jean Takougang
Yaoundé, le 18 septembre 2006

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