Assassinat de Diboulé "Il
n'appartient pas à la justice pénale d'adouber tel
prétendant à la légitimité dans un parti politique..."
Par Me Yondo Black
La mise en examen du Chairman Ni John Fru Ndi
alimente autant les conversations de salon que les
coins de rue. C'est normal car l'homme n'est pas
n'importe qui. C'est tout de même lui qui a grillé la
politesse à l'homme lion lors de la première
présidentielle sous le multipartisme. Celui-ci n'aurait
finalement eu raison que grâce aux moyens que chacun
de nous comme l'histoire ont retenus. Hormis qu'il
soit le chef du premier parti politique de
l'opposition, sa mise en accusation pour le simple
fait qu'il est le président d'un parti dont un membre
d'une tendance a trouvé la mort au cours d'une
manifestation, constitue un précédent dangereux et à
la longue un obstacle à l'épanouissement dans la tête
d'un parti politique.
Le droit pénal doit rester
d'interprétation étroite au risque de d'être un
instrument au service d'une cause ou d'un système qui
s'oppose à toute concurrence. La responsabilité pénale
découle normalement d'un fait personnel,
exceptionnellement du fait d'autrui ou de certaines
circonstances prévues par la loi. La situation d'un
chef de parti s'assimile à celle d'un chef
d'entreprise et sa responsabilité pénale en raison de
son statut doit se faire avec le maximum de précautions
au risque de paralyser le jeu démocratique. Je ne veux
pas dire qu'un chef de parti est au dessus de la loi
et qu'il ne saurait répondre de ses actes devant la
justice, loin de là. Je veux simplement dire que pour
que Ni John Fru Ndi, chef de parti soit en cette
qualité traîné en justice pour des faits aussi graves
que l'assassinat d'un homme, et engage sa
responsabilité pénale, il faut qu'il y ait des indices
graves propres à établir la preuve qu'il a réellement
participé à la réalisation de l'infraction soit en
personne soit par instruction, soit par un comportement
de complice. Il est heureux d'apprendre de la bouche
du Chairman lui-même qu'il n'a pas été inculpé, mais simplement entendu sur les faits dans le
cadre de l'enquête préliminaire. C'est dire que c'est
une presse en quête du sensationnel qui aurait
accouché dans ses colonnes que Ni John Fru Ndi a été a
été inculpé de complicité d'assassinat, violence et
trouble à l'ordre public.
Ce genre d'information est
dangereux, car il peut entraîner un soulèvement qui
porterait gravement atteinte à la paix publique. De
tout temps et en tout lieu, des violences ont toujours
existé en politique. Cela est regrettable. Je n'en fais
pas l'apologie. Le SDF n'a pas inventé sur ce terrain
pas plus que le RDPC dont un Fon de ses membres a été
condamné à 15 ans d'emprisonnement pour complicité
d'assassinat. Et ce n'est pas parce que ces violences
ont fait jour au SDF qu'il doit être décrété que
l'opposition camerounaise est immature. Tout
observateur politique de bonne foi sait que des
militants politiques ont souvent trouvé la mort en
pleine collage d'affiches, et ce n'est pas le
journaliste français qui me démentirait.
Jamais il
n'est venu à l'esprit des juges de ce pays de
civilisation avancée de mettre en accusation pénale
les présidents des partis politiques concernés. Il
faut discerner et savoir faire la part des choses. Il
n'appartient pas à la justice pénale d'adouber tel
prétendant à la légitimité dans un parti politique par
préférence à tel autre. Je souhaite pour l'honneur de
la justice de mon pays, que les juges ne se laissent
pas manipuler pour des fins qui sont loin de leur
mission. Elle n'en sera que grandisse et respectée".
Source : Le FRONT N° 118 du 11 Septembre 2006
The end
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