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Quelques Aspects de l'Histoire du Front Social Démocrate (SDF).

Le SDF est actuellement un parti politique dynamique sur lequel des millions de Camerounais placent leurs espoirs et leurs aspirations pour un futur meilleur. Ce mouvement politique est l'émanation directe d'un groupe de réflexion formé dans les années 80. Ce groupe de réflexion Study Group 89 puisait très certainement sa motivation dans les expériences personnelles des individus impliqués et trouvait son dessein renforcé par des initiatives pro-démocratiques prônées un peu partout dans le monde. Les membres de ce groupe avaient des aspirations identiques et portaient un intérêt certain au bien être des Camerounais. Ce qui a contribué à les réunir.

Les toutes premières réunions qui ont précédé la naissance du SDF, étaient tenues secrètes car même les familles proches des membres du Groupe ne se doutaient pas de ce qui se tramait. Il était en effet carrément suicidaire à l'époque de défier l'hégémonie dictatoriale du parti unique au pouvoir, qui avait réussi jusque là à réduire au silence la plupart des dissidents depuis l'indépendance du Cameroun.

Les premiers accords officiels pour la formation du SDF ont été initiés lors d'une réunion convoquée par Ni John FRU NDI au Presbyterian Church Centre à Bamenda(Cameroun) le 11 novembre 1989, grâce au courage et à la collaboration du regretté Révérend Dr. D.S. Gana responsable de ce centre à l'époque. Etaient impliqués - les fondateurs du SDF- Ni John Fru Ndi, le regretté Dr. Siga Asanga, Dr. Gemuh Akuchu, Justice Nyo' Wakai, Professeur Clément Ngwasiri, Mr. Vincent Feko, Mr. Albert Mukong, Dr. Carlson Anyangwé, le regretté Mr. James Mba-Akhu Banga, Mr. Aloysius Tebo et le regretté Dr. Alfred Azefor. Le Dr. Tah Zacharias a préféré quitter le Groupe lors des premiers débats pour la principale raison que ce dernier a rejeté sa proposition de consulter au préalable l'Honorable Salomon Tandeng Muna. Lors des premières réunions du Groupe il était question de rédiger un mémorandum afin de sensibiliser l'ONU sur la marginalisation de la minorité Anglophone au Cameroun. Le groupe se retrouve ensuite au domicile du Dr. Siga Asanga au quartier Bastos à Yaoundé (Cameroun) le 1er décembre 1989 où ils débattent davantage sur le problème Anglophone au Cameroun.

Cependant la réunion décisive a lieu à la résidence de Ni John Fru Ndi à Bamenda le 17 février 1990. Etaient présents à cette réunion: Ni John Fru Ndi, Dr. Gemuh Akuchu, Dr. Carlson Anyangwe, Mr. Vincent Feko, Dr. Alfred Azefor, Dr. Siga Asanga, Dr Tah Zacharias, Mr. Albert Mukong et Justice Nyo' Wakai. Au cours de cette réunion le Groupe renonce à son plan de mémorandum pour l'ONU et décide plutôt de créer un parti politique pour s'attaquer aux différents maux qui minent la société camerounaise.

Plusieurs facteurs concourent à la transformation du Study Group 89 en parti politique. En fait, ce qui a vraiment poussé les membres à prendre cette décision à cet instant précis a été le fait que les missions diplomatiques à Yaoundé bien que séduites par le travail du Groupe demandaient à ce dernier de clarifier son statut et d'apporter des précisions sur sa Direction. Les membres décident alors que quelque soit le nom décliné pour le parti ce dernier devra comporter les mots "social" et "démocratie". Pendant la réunion du 17 février 1989, Justice Nyo' Wakai présente un article intitulé : The New Social Order for Cameroon. Cet article servira de document de base pour le Manifeste du Social Democratic Front (SDF). Il faut également souligner que durant cette réunion du 17 février, Messieurs Mukong et Feko informent le Groupe sur la tenue à Douala d'une initiative similaire menée par Mr. Yondo Black. Ils suggèrent alors d'inviter le groupe de Douala à se joindre à eux. Mais les membres réunis à la résidence de Ni John Fru Ndi redoutent qu'une telle initiative n'entraîne des fuites et alerte le régime en place qui pourrait ainsi étouffer dans l'œuf leurs velléités et par conséquent empêcher tout décollement du mouvement. Mais de leur propre chef, Messieurs Feko et Mukong maintiennent des contacts avec le groupe de Douala. Ceci leur vaut d'être démasqués puis arrêtés et accusés de tentative de formation d'un parti politique.

Le samedi 4 Avril 1990, le Groupe se retrouve à la résidence à Yaoundé du Professeur Clement Ngwasiri pour mettre la touche finale sur le Manifeste. Au cours de cette ultime rencontre, Mr James Banga octroie 3 Millions de Francs CFA afin de se procurer du matériel d'impression pour le lancement du mouvement. Le point de non retour est dès lors franchi.

Dans la matinée du 16 Mars 1990 à Ebibi Book Centre à Bamenda, Ni John Fru Ndi et Dr. Siga Asanga apposent leur signature pour l'enregistration du SDF en application de la loi de 1967 sur les associations. Les documents sont officiellement remis au préfet de Mezam qui devait ensuite les transmettre au ministre de l'administration territoriale. Face à cette décision, le gouvernement camerounais est sous le choc. Les officiels du gouvernement directement en charge de ce dossier se retrouvent dès lors face à l'un des dossiers les plus brûlants dont ils ont eu la charge. Aussi, le gouverneur de la province du Nord-Ouest, Magloire Nguiamba, le préfet du département de Mezam, Emmanuel Tabi Arampe et le ministre de l'administration territoriale, Ibrahim Mbombo Njoya se refusent à tout commentaire sur ce dossier, préférant agir par l'intermédiaire du sous-préfet de Bamenda Augustin Tchoussanou. Au niveau national le parti au pouvoir le RDPC organise alors dans les grandes villes du pays différentes marches et des offices religieux afin de faire passer dans l'opinion l'idée selon laquelle le Cameroun n'était pas prêt au multipartisme. Ibrahim Mbombo Njoya, ministre de l'administration territoriale pris de panique refuse dans un premier temps le dossier créant le SDF avant de prétexter de manière fort inattendue que le dossier était incomplet. Après plusieurs tentatives d'intimidation des "pères fondateurs" du SDF, le gouvernement par le biais des émissaires va tenter en vain de proposer non seulement des "postes clés" en son sein aux "pères fondateurs" mais également de l'argent.

Et le 15 Mai 1990, Ni John Fru Ndi au nom du SDF, fait publier un communiqué de presse annonçant le lancement du Parti pour le samedi 26 Mai 1990 à 2h de l' après-midi. Le programme de lancement prévoit une marche qui partira du rond-point du City Chemist jusqu'au Stade Municipal de Bamenda où des discours sont également programmés ainsi que la distribution du Manifeste du SDF. Auparavant Ni John Fru Ndi, avait officiellement prévenu les autorités Camerounaises du lancement du mouvement. La date de lancement avait été différée par deux fois afin de permettre à Mr Albert Mukong alors en exil volontaire au Royaume-Uni d'y prendre part mais ce dernier n'y a finalement pas participé. Le gouvernement va interdire le rassemblement et ordonner la fermeture des toutes les places du marché de Bamenda et ses environs. Des forces de l' Ordre armées jusqu'aux dents sont alors déployées dans toute la ville de Bamenda. L'avenue commerciale que la marche devait emprunter se trouve bouclée. La tension était perceptible dans le pays tout entier au fur et à mesure que le compte à rebours s'égrenait sous la forme non seulement de tracts mais aussi de communiqués de presse relayés par les médias internationaux mais également le bouche à oreille.

Au cours d'une réunion de mise au point organisée tard dans la nuit du 25 Mai 1990, les "pères fondateurs" du SDF, décident de poursuivre le Lancement. Il apparaît dès lors clairement que chaque camerounais se sent désormais concerné. C'est alors que le Dr John Ngu Foncha ainsi que le Recteur de Seminaire Catholique de Bambui rencontrent Ni John Fru Ndi en personne et l'appellent -un certain nombre d'appels écrits (bien intentionnés apparemment) à l'appui- à renoncer au projet de lancement du SDF pour éviter selon leurs propres termes un bain de sang. Mais le 26 Mai 1990 à 2 heures de l'après-midi le SDF est lancé à NTARIKON PARK. La CRTV, radio-télévision d' Etat estime à 20.000 personnes la foule au lancement alors que des sources indépendantes estiment cette même foule à 80.000 personnes.

Après le rassemblement les troupes stationnées sur l'avenue commerciale ouvrent le feu ; six civils non armés qui rentraient chez eux sont tués. Il s'agit de : Fidelis Chosi Mankam (Opérateur de Moulin à Maïs), Tifuh Mathias Teboh (Etudiant), Asanji Christopher Fombi (Etudiant), Nfon Edwin Jatop (Couturier), Juliette Sikod (Etudiante), Toje Evaristus Chatum (Etudiant). Les corps sont immédiatement transportés à la morgue de l'Hôpital Provinciale de Bamenda. Seul le regretté Dr. John Ngu Foncha est autorisé à voir les corps. Il fit ce témoignage :

Je suis allé personnellement à l'hôpital voir les victimes : 2 d'entres elles présentaient des blessures par balles à l'omoplate, une avait une blessure à la clavicule, une autre présentait un trou occasionné par une balle autour des fesses et une autre victime avait des blessures par balles aux pieds. Il est évident que ces civils ont été tués par des coups de feu et n'ont pas été piétiné, comme entendu dans certains milliers
Après l'identification des corps ces derniers ont été remis aux différentes familles pour les enterrements, décidés quelques jours après le drame. Le SDF n'a dès lors cessé de mener une lutte acharnée, pour l'instauration d'une démocratie, pour le respect des droits de l'homme et pour l'établissement d'une justice sociale au Cameroun. De Mai 1990, à Janvier 1991, un groupe de volontaires dévoués Hunting Dogs (les Chiens de chasse) sous l'implusion des "pères fondateurs" du SDF va ainsi sillonner le pays tout entier afin d'implanter le Parti aux quatre coins du pays prenant quelques fois d'énormes risques.

Le 3 février 1991, le SDF va organiser une Assemblée Constituante, regroupant les représentants de toutes les régions du Cameroun. Une représentation nationale est élue au cours de cette assemblée : le Comité Exécutif National. Le parti a tenu depuis cette date cinq Congrès Nationales Ordinaires et une Congrès Extra-Ordinaire.

Le candidat SDF à l'élection présidentielle de 1992, Ni John Fru Ndi est convaincu d'avoir obtenu la victoire. Cependant le Président en exercice Paul Biya confisque cette victoire au prix d'une manipulation électorale et assigne en résidence surveillée pendant 2 mois Ni John Fru Ndi et un certain nombre de ses supporters. Le SDF participe ensuite aux élections municipales en Janvier 1996 et malgré une fraude massive perpétrée par le régime de Yaoundé, il est majoritaire dans 62 villes dont la capitale économique du pays : Douala, mais également dans des villes importantes comme Limbé, Kumba, Nkongsamba, Buea, Bafoussam et Bamenda. Le SDF obtient également une représentation minoritaire cette fois-ci dans plusieurs autres villes du Cameroun. En Mai 1997, le SDF prend part aux élections législatives et obtient 43 sièges au parlement malgré une fraude électorale sans précédent orchestrée par le parti au pouvoir le RDPC.

Le SDF célèbre en Mai 2000 ses 10 premières années de lutte pour la démocratie.

The end

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