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DEMANDE DE BONS OFFICES DE LA FRANCE
POUR L'AVENEMENT DE LA DEMOCRATIE
AVEC DES ELECTIONS LIBRES HONNETES
ET TRANSPARENTES
AU CAMEROUN
MEMORANDUM PRESENTE PAR LES PARTIS POLITIQUES
D'OPPOSITION REPRESENTES A L'ASSEMBLEE NATIONALE
AU PRESIDENT FRANCAIS JACQUES CHIRAC
A L'OCCASION DU SOMMET AFRIQUE-FRANCE
TENU DU 17 AU 19 JANVIER 2001 A YAPOUNDE.
Nous, soussignés, leaders des partis politiques d'opposition représentés à
l'Assemblée Nationale, souhaitons une chaleureuse bienvenue à son Excellence
Jacques Chirac, Président de la République française, en visite au Cameroun à
l'occasion de la Conférence Afrique-Fance, organisée dans la capitale
camerounaise du 17 au 19 janvier 2001.
Nous saisissons cette circonstance pour renouveler notre estime dans
l'excellente qualité des relations historiques qui unissent la République
française et la République du Cameroun, et avons l'honneur de présenter au
Président français, certaines questions spécifiques au Cameroun et pour
lesquelles une coopération agissante de la France serait un levier permettant
de décrisper un processus de démocratisation actuellement dans l'impasse dans
notre pays.
L'importance des facteurs historiques, économiques, culturels et finalement
politiques de l'influence française au Cameroun sont des données objectives que
tout réalisme politique ne peut ignorer. Et ce d'autant plus que l'histoire a
commencé depuis belle lurette à livrer au grand jour les interventions
françaises ayant orienté aux moments cruciaux, la dévolution du pouvoir au
Cameroun, que ce soit à l'indépendance ou lors de la succession entre les deux
premiers présidents de la République.
Depuis la déferlante du vent d'Est et le discours de la Baule ayant impulsé le
processus de démocratisation en Afrique, nous avons observé une attitude
ambivalente de la politique africaine de la France poussant presque partout
l'ingérence démocratique jusqu'à sponsoriser des conférences nationales
souveraines et des élections libres et transparentes, mais gardant à l'égard du
Cameroun une position de "non-ingérence" inexpliquée. Celle-ci a
permis au
régime du RDPC en place de se maintenir contre vents et marées en s'appuyant
sur des réseaux enchevêtrés de maux qui ont pour noms la pseudo-démocratie sans
élections libres, honnêtes et transparentes, la corruption généralisée, le
pillage des ressources nationales, l'incompétence et l'incurie des élites
gouvernantes qui ont transformé le riche Cameroun en pays pauvre très endetté.
Telles sont les réalités que l'observation pénétrante découvre dès qu'elle
gratte le vernis de la propagande officielle, ainsi que le clinquant de
quelques infrastructures et badigeonnages opportunément situés pour tromper le
regard du visiteur d'un jour.
Il ne sera pas question dans le présent mémorandum de faire une revue détaillée
de tous les maux énumérés ci-dessus, mais d'axer l'attention sur la pseudo-
démocratie par laquelle le régime du RDPC leurre les Camerounais et l'opinion
internationale. Il faut convenir que le processus de démocratisation qui s'est
enclenché dès le début des années quatre-vingt dix a été imposé par la
conjoncture internationale au régime du RDPC dont les caciques de l'époque
organisèrent des manifestations dans le pays contre ce qu'ils appelèrent
"le
multipartisme précipité ". Ramant contre-courant par rapport aux
revendications
populaires démocratiques qui successivement s'organisèrent autour de thèmes
porteurs forts tels que la "conférence nationale souveraine ", la
"conférence
constitutionnelle ", la "commission électorale nationale indépendante
", le
régime du RDPC a, chaque fois, jeté uniquement du lest sur le plan du
rétablissement du multipartisme, de la libéralisation de la presse mais en
verrouillant le système électoral, la reforme constitutionnelle et en
maintenant des structures sécuritaires particulièrement répressives.
I - LE VERROUILLAGE DU PROCESSUS ELECTORAL PAR LA FRAUDE ELECTORALE
Toutes les cinq élections organisées au Cameroun au cours des années quatre-
vingt-dix, qu'elles soient municipales, législatives ou présidentielles, ont
toutes été, sans exception entachées de fraudes massives, dénoncées aussi bien
par des acteurs politiques nationaux autres que ceux de la majorité
gouvernementale que par les observateurs internationaux.
La fraude électorale dont l'instrumentation a pour seul fin la conservation du
pouvoir contre vents et marées, et ayant pour vecteurs l'Administration
Territoriale d'une part, et l'appareil judiciaire entièrement inféodé au
pouvoir exécutif, d'autre part. L'Administration Territoriale (le Ministère de
l'Intérieur) avec ses gouverneurs, préfets et sous-préfets est la machine
électorale du régime du RDPC, fabriquant des élections sur mesure permettant
d'attribuer avant le verdict des urnes, des sièges convenus par le gouvernement
aux partis politiques. C'est ainsi que lors des élections législatives de mai
1997, le Ministre de l'Information d'alors put annoncer dès avant le jour de la
consultation électorale le nombre de sièges revenant au RDPC, soit 116. Et la
prophétie se réalisa. Le processus électoral, en amont du vote proprement dit,
est l'objet de tripatouillages multiples soit au moment des inscriptions sur
les listes électorales (refus d'inscription pour cause d'origine ethnique,
déroutage des électeurs dans les fiefs de l'opposition, etc) soit lors de
l'établissement et de la distribution des cartes électorales (noms mal
orthographiés, erreurs de destination, non-distribution, etc). Quant aux procès-
verbaux des élections, ils sont souvent l'objet soit de falsifications soit de
substitutions par les sous-préfets.
Lorsque le processus électoral atteint le stade du contrôle juridictionnel, la
désillusion devient totale en ce qui concerne l'impartialité attendue des
instances judiciaires. Les scandales judiciaires qui demeureront célèbres dans
les annales électorales du Cameroun, concernent la proclamation des résultats
de l'élection présidentielle d'octobre 1992, au cours de laquelle, le président
de la Cour Suprême, après avoir énuméré les multiples irrégularités ayant
entaché cette élection, déclara que son institution était désarmée face aux
divers forfaits, ne disposant pas de moyens juridiques pour annuler la
forfaiture. Grand déni de justice que la postérité retiendra.
Aux élections municipales de 1996, de dizaines de communes remportées par les
partis d'opposition ont vu leurs victoires volées, par le RDPC avec la
complicité de la même Cour Suprême qui a conservé dans ses tiroirs les
contentieux concernés jusqu'à la fin des mandats municipaux intervenus en
janvier 2001.
C'est fort de cette situation d'impasse électorale que l'opposition
parlementaire a repris la revendication d'une Commission nationale électorale
indépendante (CENI) débarrassée des structures de fraudes et ayant pour mission
de conduire le processus électoral depuis les inscriptions sur les listes
électorales jusqu'à la proclamation des résultats. Mais à la place de la CENI,
le gouvernement a opté pour l'Observatoire national des élections (ONEL),
importé du Sénégal.
L'opposition n'a pas accepté l'ONEL pour trois motifs essentiels. D'abord cette
structure, copie servile du modèle sénégalais, a été adoptée sans qu'aucun
compte ne soit tenu des aménagements présentés par les députés de l'Opposition
en vue de rendre la greffe sénégalaise compatible avec le terrain politique
camerounais dont la culture démocratique est de loin inférieur à celle du
Sénégal. Ensuite, cet organe a été jugé anticonstitutionnel car ses auteurs
l'ont conçu en démembrant à son profit les compétences du Conseil
constitutionnel et de la Cour Suprême, en violation des dispositions
constitutionnelles, notamment celles de l'article 48. Enfin l'ONEL est apparu
n'être qu'une structure non indépendante, entièrement inféodée au Président de
la République, lui-même Président du RDPC, qui seul nomme discrétionnairement
ses membres.
Pour tout observateur averti de la scène politique camerounaise et
particulièrement des pratiques, des réflexes et des pesanteurs du RDPC, hérités
du parti unique, il est permis de douter de la capacité de l'ONEL
à "améliorer " comme le prétend le pouvoir en place le système
électoral
camerounais. La probabilité est plutôt forte de voir l'ONEL transformé en
superstructure couvrant légalement la fraude électorale en amont comme en aval.
Pour toutes ces raisons, les partis politiques de l'Opposition représentés à
l'Assemblée Nationale ont maintenu leur refus de l'ONEL et exigent toujours la
création d'une CENI pour organiser des élections libres, honnêtes et
transparentes au Cameroun, comme ailleurs en Afrique et dans le monde.
II - L'IMMOBILISME CONSTITUTIONNEL DU REGIME RDPC
La Constitution qu'il a lui-même adoptée en janvier 1996 soit depuis cinq ans,
ne connaît d'application que sur un seul point, à savoir, celui relatif au
mandat présidentiel qui a permis au Président de la République de renouveler
son mandat pour sept ans au lieu de cinq ans précédemment.
Aucun organe constitutionnel qu'il s'agisse du Sénat, du Conseil
constitutionnel, de la nouvelle Cour Suprême, de la Cour des Comptes, de la
Haute Cour de justice n'a été mise en place depuis cinq ans. Il en est de même
de la décentralisation de la justice administrative, de la décentralisation
territoriale, notamment des institutions régionales prévues dans la nouvelle
Constitution.
Les dispositions de l'article 67 de la Constitution de 1996 concernant la mise
en place "progressive " des Institutions, ont été érigées subterfuges
pour
générer l'inertie constitutionnelle aboutissant à la coexistence de deux
Constitutions. De la sorte, seul le Président de la République est maître de la
manipulation constitutionnelle choisissant selon son bon vouloir d'appliquer
les dispositions de l'ancienne ou de l'actuelle Constitution. C'est cette
gymnastique constitutionnelle qui a permis au régime du RDPC de nommer des
délégués de gouvernement, militants du RDPC, à la tête de toutes les communes
des grandes villes passées à l'opposition lors des élections municipales de
1996.
III - LA DERIVE HYPERREPRESSIVE DU SYSTEME SECURITAIRE
Le Cameroun a hérité de la période insurrectionnelle qui précéda l'accession à
l'Indépendance, des services de maintien de l'ordre atteint par le syndrome
sécuritaire et la phobie de la "rébellion " et de la "subversion
" frappant
toute velléité de contestation de l'ordre établi.
Ces services de sécurité se sont montrés particulièrement déphasés à
l'avènement du processus de démocratisation et très vite le combattant de la
démocratie a été vite assimilé au "rebelle " ou au "subversif
" d'autrefois.
La répression du mouvement démocratique a été et demeure vive. Certes aux
années chaudes du début de la décennie quatre-vingt-dix, a succédé une période
plus calme. Mais les manifestations et réunions organisées par les partis
d'opposition sont régulièrement interdits prétendument pour radicalisme. C'est
ainsi que toutes les manifestations publiques à caractère politique ont été
interdites sur l'ensemble du territoire national à l'occasion du sommet Afrique-
France. Une manifestation organisée par l'Opposition parlementaire le 13
janvier 2001 pour protester contre l'ONEL et pour revendiquer la création de la
CENI a été sévèrement réprimée, avec le concours de la police parallèle en
civil et les milices du PRESBY, organisation fascisante rattachée au RDPC.
Avec la montée de l'insécurité, les exécutions extrajudiciaires se sont
multipliées sous le couvert soit de "bavures" qui étonnent par leur
fréquence
soit de victimes des "commandements opérationnels" dont le caractère
inquiétant
a provoqué à Douala, la réaction publique indignée du Cardinal, archevêque de
la place. A tout cela, il faut ajouter la frénésie des contrôles routiers qui
ne sont en réalité que des occasions de rançonnement généralisé des populations
taillables et corvéables à merci.
Les partis d'opposition représentés à l'Assemblée Nationale sont arrivés à la
conclusion que c'est la fraude électorale adossée à l'inertie constitutionnelle
du pouvoir et à la répression sécuritaire qui constitue l'obstacle majeur au
processus de démocratisation du Cameroun. Tant que cet obstacle ne sera pas
levé, il sera vain de croire que les autres maux qui minent la société
camerounaise seront éliminés.
Comme nous l'avons déjà noté, les dirigeants français, s'ils prennent en compte
les intérêts bien compris de la France et du Cameroun et s'ils y mettent la
volonté politique nécessaire, peuvent beaucoup faire pour infléchir la rigidité
du gouvernement du RDPC qui a une peur bleue des élections libres.
Nul n'ignore que les nombreuses guerres civiles qui éclatent ici et là en
Afrique sont généralement le produit explosif des processus démocratiques mal
négociés où des groupes n'utilisent que le diktat au lieu du dialogue pour
résoudre les divergences politiques. Au Cameroun le gouvernement du RDPC n'a
jamais accepté, un dialogue franc et avec l'Opposition si ce n'est qu'au de son
inféodation au régime en place.
La France et ses dirigeants peuvent aider les Camerounais à emprunter une voie
de concertation en vue d'obtenir un compromis bénéfique sur le processus
électoral, au nom de considérations supérieures et des intérêts bien compris
des peuples de France et du Cameroun.
Encore une fois, les leaders nationaux du SDF, de l'UDC, du MDR, du MLDC et de
l'UPC souhaitent un bon séjour au Cameroun, au Président de la République
française et à la délégation qui l'accompagne, au nom d'une amitié et sans
connotation personnalisée.
Yaoundé, le 17 janvier 2001
Pour
l'UDC
Hon. Adamou Ndam Njoya
Président National de l'UDC
Pour le MLDC
Hon. Yondo Marcel
Président National du MLDC
Pour le MDR
Hon. Dakolé Daïssala
Président National du MDR
Pour l'UPC
Hon. Kodock Augustin
Secrétaire Général de l'UPC
Pour le SDF
Ni John Fru Ndi
Président National du SDF
The end
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