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LETTRE OUVERTE Aux Autorités Administratives et aux Forces Armées Nationales

Les Camerounais vivent, depuis le lancement des opérations électorales pour le renouvellement des municipalités du Cameroun, une atmosphère de vives tensions politiques et sociales dont l'une des manifestations les plus dramatiques a été les affrontements entre les Forces Armées et le peuple à Limbé et à Kumba.

Ces affrontements se sont soldés par des morts de militaires et de civils, par un vandalisme exacerbé des forces de securité contre les biens de notre parti et de nos militants, par des arrestations, par des tortures et par une chasse aux leaders politiques membres du SDF. Ce qui est une répéttition flagrante du scénario de l'élection présidentielle de 1992.

Ce fait est, pour notre Communauté nationale, d'une extrême gravité et annonce, sans doute, une situation de crise interne majeure qui risque de devenir incontrôlable.

Pour prévenir tout développement d'une telle tragédie, le SDF écrit cette lettre ouverte à ceux qui sont les principaux protagonistes de la vie nationale et qui gèrent la paix sociale.

D'abord, il s'agit de vous Chefs de Districts, Sous-Préfets, Préfets, Gouverneurs et vos collaborateurs. Vous êtes des citoyens Camerounais ayant choisi d'administrer les populations. A ce titre, vous devez assurer le service public sans parti pris. Votre responsabilité première est de faire respecter la règle et la loi au profit de tous. Mais vous n'êtes ni cette règle ni cette loi. Et, bien moins encore, des demi-dieux au-dessus de la loi.

Dans le Cameroun d'aujourd'hui, de vous dépendent, en grande partie, le succès des politiques, au niveau de la base, de santé et de salubrité publiques, d'éducation, de communication et de production. De vous dépendent l'harmonie et la paix sociales.

Grâce à vous, qui agissez en courroies de transmission, la nature et la force du peuple se refléteront dans l'Etat et celui-ci sera un véritable instrument de réalisation et de la grandeur de la Nation.

Vous n'existez donc pas pour spolier, assujettir et détruire, mais pour diffuser, réguler et construire car, en définitive, vous n'êtes que des porteurs de messages qui vont du peuple au sommet de la hiérarchie politique, c'est-à-dire des institutions républicaines, et du pouvoir aux citoyens.

Vous n'êtes donc pas des hommes de fanatisme idéologique.

Or, nous avons constaté que, héritiers d'une administration coloniale, vous vous complaisez dans l'imitation servile de l'administrateur des colonies et vous trouvez du plaisir à vous comporter comme en terre conquise. C'est avec des yeux de conquistadores que vous voyez vos frères les Camerounais, et c'est avec délectation que vous les brimez. Et parce que le régime en place vous permet d'assouvir ce genre de pulsion, vous êtes devenus les membres de la 3e organisation annexe du RDPC, et les agents d'un Etat totalitaire.

Au point qu'au cours des élections organisées depuis 1992, les citoyens se plaignent de vous, les syndicats se plaignent de vous, les partis politiques, en dehors de ceux qui constituent la coalition anti démocratique et anti patriotique formée autour du RDPC, se plaignent également de vous. Vous intimidez et vous dévoyez. La démocratie, au bout de ce comportement, en sort complètement dénaturée et les valeurs humaines sociales essentielles que vous devriez garantir se liquéfient au fil de vos violations.

Voyez ce que, à cause de vous, sont devenues l'économie nationale, l'administration publique, la gestion des besoins quotidiens des citoyens: c'est la "crise et la misère".

Avec les municipales, ce sont les désordres majeurs en perspective qui risquent de placer tout le pays dans une tourmente dévastatrice.

Pourtant, vous êtes conscients que vous administrez un pays intégré dans un monde qui fonce vers une civilisation du 3e millénaire où l'intelligence sera conférée à la machine, faisant de l'homme technologique une sorte de dieu.

Pensez-vous qu'avec votre comportement et votre management, les Camerounais d'aujourd'hui se préparent à devenir des dieux terrestres de demain?

Nous vous disons: Messieurs les Administrateurs, ayez pitié de notre descendance. N'en faites pas un peuple d'esclaves au service des robots de l'avenir.

Concrètement, aujourd'hui, s'il vous plait, laissez les Camerounais vivre leur liberté, s'exercer à la démocratie normative, utiliser leur génie pour transformer leur milieu. Laissez les élus jouer leur rôle sans vous substituer à eux dans les mairies, à l'Assemblée Nationale et ailleurs. Faites prévaloir la justice et le droit. Ainsi vous aurez été utiles à la Nation.

Vous auriez rétabli l'autorité de l'Etat. Vous auriez gagné l'estime de vos concitoyens.

Ensuite, il s'agit de vous les porteurs d'uniformes et d'armes de guerre, spécialement et uniquement affectés à la défense de notre territoire national, de nos biens et de notre sécurité. Vous avez fait le serment de mourir pour ces missions-là. Vous êtes le bouclier du Peuple, le mur derrière lequel un peuple se développe, une Nation s'affirme. Votre rôle est parmi les plus nobles par rapport au devenir de la Patrie.

Mais que fait-on de vous; des ennemis de "l'ennemi de l'intérieur" tel que les colonialistes l'imaginaient quand ils nous utilisaient comme des bêtes de somme. Les Camerounais ne sont pas vos ennemis de l'intérieur, comme M. EMAH Basile et ses acolytes essayent de nous le faire admettre.

Ceux qui ont succédé aux colons vous forcent à tourner votre fusil, à utiliser votre grenade offensive et votre baillonnette contre celui que vous devez protéger et qui est votre frère, votre soeur ou votre neveu.

On vous apprend à détester la démocratie alors que, vous aussi, avez soif de liberté et de souveraineté, de dignité et de respect.

S'il vous plait, rejoignez le peuple dont vous êtes issus. Défendez-le contre tous ses ennemis déclarés ou sournois. Protégez-le contre l'envahisseur et préservez-le de la division. Le SDF a dit: Prenez vos responsabilités.

Ce qui s'est passé au cours de ces élections municipales est honteux pour vous comme pour nous. Cela n'aurait jamais du arriver. Il ne faut plus, jamais, que cela arrive dans ce pays. Ne tolérez pas qu'on vous utilise pour la destruction de notre fraternité. Il est vrai qu'on nous dit avoir plus de 200 ethnies dont chacune possèderai sa culture propre. Mais tous, nous avons un seul drapeau, un seul hymne, une seule devise, c'est-à-dire, un seul cordon patriotique qui nous rattache à notre identité.

D'autres élections viennent au cours desquelles on risque, une fois de plus, de vous utiliser contre notre devenir. Refléchissez.

Notre pays est à la croisée des chemins. Il dépend de vous, désormais qu'il s'oriente vers le chaos ou vers l'harmonie et le bonheur.

Nous croyons savoir quel a été, quel est et quel sera votre choix. Le SDF vous en sait gré.

Demain sera un nouveau jour pour tous.

Vive le Cameroun!

Fait à Bamenda, le 11 mars 1996.

NI John FRU NDI
PRESIDENT NATIONAL

The end

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